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Bilan 2015: 5800m2 d’espace cultivable conquis en 1 an

L’aventure a commencée pour nous un soir de novembre 2014.

Je m’étais rendu au premier rassemblement international des Incroyables Comestibles à Cergy Pontoise (95) pour en savoir un peu plus sur le mouvement.

Je n’ai malheureusement pas pu assister à toutes les présentations, mais les têtes d’affiches françaises étaient toujours là.

Déjà convaincu par la démarche, mon enthousiasme n’a fait que grandir  à l’écoute des présentations de François Rouillay et Jean-Michel Herbillon.

En fin de soirée, je me suis rapproché de Catherine Simon pour savoir si elle connaissait des personnes sur Poissy intéressées par le mouvement.

Effectivement, il y avait une personne dans ses contacts susceptible de s’impliquer.

Après un échange de mail nous nous sommes donnés rendez vous devant la Mairie de Poissy. J’avoue que ma surprise fût énorme lorsque j’ai vu se présenter un jeune homme de 20 ans prénommé Amine.

Je m’attendais davantage à voir arriver un jeune père de famille, soucieux d’œuvrer à la construction d’un monde meilleur pour ses enfants, mais non.

Amine connaissait déjà le mouvement puisqu’il était déjà intervenu dans le cadre d’un service civique auprès des Incroyables Comestibles à Saint Quentin en Yvelines.

Création de l’association uShare

Nous avons ensuite échangés pendant un bon moment devant un café et très vite rendu compte que notre objectif n’était pas seulement de cultiver des potagers sur la voie publique mais aussi d’agir de façon plus large autour de projets dans le domaine de la collaboration entre citoyens.

S’agissant de sujets liés au cadre de vie, il nous paraissait évident qu’il fallait une structure associative. Nous allions rapidement devoir frapper à la porte des services municipaux, convaincre des élus de nous laisser agir et un cadre juridique est indispensable pour rassurer les décideurs que nous allions rencontrer.

Nous avons donc commencés par déposer les statuts d’une association intitulée « uShare » (prononcer You Share) que vous pouvez découvrir sur le site www.ushare.fr.

Mise en place d’une stratégie

En commençant cette aventure nous partions de rien et nous nous sommes dit plusieurs choses:

  1. Il faut conquérir de la surface cultivable et pas forcément sur la voix publique pour pouvoir accueillir de nouveaux jardiniers,
  2. En zone urbaine, il y a peu de chance de trouver des personnes compétentes en maraîchage et il faut être en mesure de dispenser des formations,
  3. Nous avons besoin de gagner en légitimité et construire une image de marque pour être crédible,
  4. Un réseau de contacts est indispensable. Non seulement au niveau locale mais aussi au niveau de la communauté d’agglomération qui est devenue une structure officielle le 1 janvier 2016.

C’est avec  ces idées que nous avons construit notre programme en 2015 et pour répondre à tout cela nous avons travaillés sur la communication et sur notre image de marque.

Un gros volet a été couvert par le numérique via ce site et les réseaux sociaux et sur le terrain, nous avons installés des  cultures que nous avons tentés de rendre les plus séduisantes possible.

Ce qui est très intéressant dans un projet comme les Incroyables Comestibles, c’est qu’il communique de lui même. En d’autres termes, le projet fait sa propre promotion car il s’expose aux regards de tous.

Lorsque l’on installe un potager sur la voie publique, la surprise des riverains est si importante que les gens en parlent et l’information se propage rapidement.

Un projet qui ne peut se faire sans l’accord de la mairie

Avant de pouvoir planter les premiers légumes, nous avons demander l’autorisation au service municipal compétent.

Mais nous ne sommes pas venu les mains vide car dans une commune, beaucoup de gens ont des idées et des propositions. Par contre, quand il s’agit de les concrétiser, il ne reste plus grand monde (parole d’élu).

Alors nous avons commencé par constituer un dossier exhaustif comprenant une présentation du mouvement, nos méthodes de cultures, le potentiel éducatif, une revue de presse et quelques résultats de mises en oeuvre dans des communes voisines.

L’idée était de montrer que d’une part nous souhaitions mener ce projet de façon sérieuse et structurée, mais aussi qu’il y avait des précédents non seulement en France, à coté de chez nous, mais aussi dans le monde entier. Il suffisait de faire quelques recherches sur internet pour voir à quoi ça pouvait ressembler.

Après quelques rencontres avec des élus et le service environnement de la ville nous avons obtenus une autorisation pour occuper environ 3,5m2 d’espace sur la voie publique.

Je ne citerais pas de nom pour ne pas être taxé de prosélytisme politique, mais je dois admettre que les services ont été attentifs et promptes à nous délivrer une autorisation, malgré une certaine perplexité.

Ce qui est normal car il est fréquent à Poissy, comme dans beaucoup d’autres municipalités, de voir disparaître de jeunes plantations à cause de gens peu scrupuleux qui s’imaginent qu’ils peuvent prélever des fleurs dans les massifs municipaux sous prétexte qu’ils paient  des impôts.

Avec ces autorisations nous avons pu installer 2 carrés de potagers d’environ 1,20m2 de coté comme celui ci dessous à titre expérimental.

potager en carré de plantes aromatiques
Carré  d’aromatiques en noisetier tressé dans le quartier Saint Exupéry à Poissy

L’espace occupé par ces deux carrés est très intéressant car il est situé juste à coté d’un jardin d’enfants dans une zone très passante.

En résumé, notre stratégie pour 2015 était de faire parler de nous sans forcément chercher à développer le nombres d’adhérents.

Nous n’avons pas organisé de réunions publiques ou d’événements comme cela se fait beaucoup.

C’est peut être paradoxale mais avant d’aller plus loin, nous voulions consolider notre capacité d’accueil, et ce, pour différentes raisons:

  1. Il est plus facile d’emmener des gens avec soit lorsque l’on a une certaine expérience sur le sujet: ça donne de la crédibilité et cette première année allait nous en apporter un peu,
  2. Nous avions besoin de savoir comment allait se passer les choses. Si les élus étaient perplexes à l’idée d’installer des potagers sur le voirie, nous aussi. Quid  des dégradations ? Du vol de plantes ?
  3. Nous avions besoins de temps pour mettre en place un programme pédagogique car nous souhaitons développer une réelle expertise potagère chez nos adhérents. Nous sommes en ville et même si les citoyens veulent agir concrêtement pour l’environnement, ils ont besoin d’être formés.

Notre vision des Incroyables Comestibles ou la démystification de Todmorden

Quand on parle de Todmorden, là où tout a commencé,  on parle d’un endroit merveilleux et un exemple à suivre: des bacs de cultures répartis dans toute la ville et des photos montrent une réelle vision de ce que peut être l’abondance potagère aux cœurs d’une ville.

L’histoire est très belle, mais il ne faut pas confondre le fond et la forme.

L’un des cofondateurs du mouvement n’est autre que le Docteur Nicolas Green qui possède un doctorat en biochimie. Autant  dire que le monsieur est calé sur le mode de fonctionnement des végétaux (profile LinkedIn ici). En plus de cela, il consacre sa vie et son temps pour ce combat.

Bref, c’est un professionnel de haut rang.

Dr Nick Green
Dr Nicolas Green

Il y a d’autres facteurs mais en réalité, derrière la réussite spectaculaire de Todmorden il y a de solides compétences que l’on ne retrouve pas partout et c’est malheureusement un point assez peu évoqué.

A Poissy nous n’avons pas un tel ‘calibre’ dans nos rangs, comme quasiment partout ailleurs, mais nous sommes convaincus qu’il est indispensable de développer un solide savoir faire pour faire de cette aventure un succès.

D’où la priorité de mettre en place un programme pédagogique pour développer des générations de vrais « urbainculteurs » (comme on dit au Québec).

Un stratégie payante ou la chance peut être …

Cette stratégie de communication s’est avérée payante mais je crois aussi que nous avons eu beaucoup de chance car des personnes de tout horizon sont venus à nous.

Des citoyens, des associations, des journalistes et des politiques qui nous ont permis de tisser un réseaux relationnel important.

La première rencontre  décisive est celle de l’association « Donnez nous des Ailes ». Née aussi à Poissy, elle partage les mêmes valeurs que nous et possède un jardin  de 300m2 que nous co-aménageons depuis le mois d’octobre.

C’est un élément important du dispositif  car cette surface nous permet de créer un lieu de rencontre et de rassemblement pour accueillir et former les nouveaux jardiniers. Elle fait également office de plateforme logistique tout au long de l’année. C’est une sorte de QG.

Le Quartier général, un lieu indispensable

Produire des légumes, c’est déjà pas facile à la base, mais en ville, c’est encore plus compliqué: ça pose immanquablement des problèmes logistiques et organisationnels.

Au niveau de l’aménagement, il faut construire des bacs, amener de la terre pour les remplir et préparer des plants avant de les transplanter dans les bacs car si vous les semez directement, soit les graines seront grignotées par les oiseaux, soit déterrées par les chats qui adorent faire leurs besoins dans la terre nue des bacs tout juste installés.

Il y a donc tout un travail en amont à réaliser avant de pouvoir implanter un espace de culture et pour cela il faut disposer d’un espace dédié.

Une seconde rencontre extrêmement importante s’est produite au fin novembre avec le Chateau Ephémère dans la commune voisine, Carrière-sous-Poissy.

Il s’agit d’une structure associative installée dans un Château longtemps laissé à l’abandon puis réhabilité qui possède un parc de 5500m2 vierge de tout aménagement.

Différentes personnes se sont succédées pour agrémenter cette espace avec plus ou moins de succès. Il s’avère que le terrain est une friche et l’analyse de la végétation actuelle nous dit que le sol est pauvre et très argileux. Difficulté supplémentaire, nous soupçonnons le sol d’être pollué. Ce qui interdit toute culture comestible.

Aucune importance, nous travaillons sur un projet de réhabilitation de la surface et envisageons d’y mettre un jardin à la français. Pour ce projet nous comptons sur l’adhésion de plusieurs centres sociaux et espérons d’ici 2 à 3 ans en faire un lieu « Incroyablement Comestible » en s’inspirant des potagers que l’on peut trouver par exemple au château de Villandry en Indre-et-Loire.

La vie de nos deux carrés potagers en 2015

Points négatifs

D’abord nous avons fait une erreur de conception. Poissy est la ville de Saint Louis et ça nous ramène souvent au moyen age. Nous avions donc décidé de faire des carrés sur le modèle des jardins médiévaux à l’aide de tiges de noisetiers tressées.

Mais il y a une famille de ravageurs que nous n’avions pas envisager: les enfants.

Les tiges n’étant pas fixées, elles sont devenues tantôt des épées, tantôt des clubs de golf que sais-je encore … et nos carrés ce sont un peu disloqués avec le temps.

Nous avons dus les reconstruire mais en dur cette fois et c’est ainsi que nous avons découvert qu’installer des potagers sur la voie publique relevait du mobilier urbain. Il faut faire solide et penser à la sécurité des habitants.

S’il s’agit d’une dégradation nous n’avons pas considéré ça comme quelque chose de négatif car ce n’est pas de la destruction gratuite ou des tags. Les carrés ont été abîmés car nous avons offert sur un plateau une tentation à des enfants insouciants mais au final sans méchanceté.

Nous avons aussi vu disparaître deux plants d’herbes aromatiques, mais rien de bien méchant non plus C’est le ‘loyer’ à payer pour occuper l’espace publique.

Conseil pour éviter le vol

1 Plant de Menthe ‘Marocaine’ et 1 plant de Basilic ‘Grand Vert’ ont disparus.

En revanche, ni la Menthe ‘Poivrée’ ni le Basilic ‘Pourpre’ que nous avions plantés à coté n’ont été inquiétés. Pourquoi ?

Tout simplement parce qu’ils sont moins connus.

Conclusion, si vous voulez éviter le vol: planter des espèces moins connus du grand public.

Points positifs

Mis à part ces deux petits désagréments et pour reprendre l’intitulé du mouvement, l’expérience a vraiment été  incroyable pour ne pas dire magique !

La création de lien a vraiment fonctionnée car il ne s’est pas produit une seule fois, lorsque nous nous occupions de nos deux carrés, sans que des personnes ne s’arrêtent pour venir discuter avec nous et nous posent des questions.

En début de saison nous avons même eu une surprise:  une personne anonyme avait plantée des tomates dans nos carrés, avant même que nous même y plantions quoique ce soit. Les tomates ont bien données et nous remercions cette personne.

Ce qui veut dire qu’un(e) habitant(e) s’est approprié l’espace spontanément et c’est vraiment une bonne surprise.

Le moment le plus impressionnant pour nous s’est produit un soir du mois d’août, lorsque nous nous sommes retrouvés encerclé par une dizaine d’enfants  qui nous posaient des tas de questions et qui voulaient absolument semer des légumes tout de suite !

Heureusement, des haricots que nous avions semés étaient arrivés à maturité et nous avons pu les écosser pour en sortir les graines. A ce moment là les visages ce sont illuminer et ils sont parti les semer un peu partout.

En fait, ces enfants nous avaient tendus une embuscade car ils savaient que les carrés étaient arrosés tous les soirs et ils nous attendaient.

En tout cas, nous avons vraiment mesurer le potentiel social que peut avoir l’installation de simples potagers et nous espérons profondément réussir à le faire comprendre à d’avantage d’habitant et d’élus.

Les maisons de quartiers aux abonnés absents

En toute logique, les premiers interlocuteurs que nous avons ciblés étaient les maisons de quartiers. Nous en avons rencontrés 2 dans le but de proposer projets et animations pédagogiques.

Ça avait du sens d’autant plus que les enfants cités ci-dessus sont pour la plupart membres de l’une de ces deux maisons de quartier. A voir leur excitation ce soir là, leur intérêt ne faisait aucun doute.

Mais pour une raison que nous ignorons, si lors de nos rencontres les échanges étaient courtois et nos propositions semblaient intéresser les personnes que nous avions en face de nous, il n’y a jamais eu de suite et d’ailleurs personnes n’a eu l’amabilité de nous dire tout simplement ‘non, votre projet ne nous intéresse pas’.

Peut être n’avons nous pas été assez convaincant ou peut être il y a t’il d’autres facteurs…

Dans nos différentes rencontres, nous avons croisés d’autres associations et très souvent elles ont fait la même expérience que nous.

D’après différents témoignages, il est très compliqué de faire bouger ces fameuses maisons de quartiers et centres sociaux qui ne semblent préoccupés que par un seul sujet: obtenir toujours plus de subventions.

Mais tout n’est pas noir car nous avons aussi rencontrés des directeurs de centres sociaux qui sont tout à fait prêt à partir dans une aventure potagères pour peu qu’elle bénéficie aux adhérents.

En 2016..

Si 2015 était l’année de la communication et de la conquête d’espaces cultivables, 2016 sera une année que nous allons consacrer à faire grossir notre groupe de jardiniers urbains.

Nous disposons à présent d’une bonne surface d’accueil et d’un réseaux de contacts solide.  Cela nous permet d’avoir une offre sérieuse pour accueillir et stimuler de nouveaux membres et organiser des événements dans toutes les tranches d’âges sur les 3 ans à venir (au moins).

Bizarrement, depuis le le film DEMAIN à obtenu un césar, nous sommes contactés plus souvent… aurait il stimulé des vocations ?

Parallèlement à ça, nous allons nous essayer au financement participatif et au mécénat d’entreprises pour avancer sur certains projets.

Nous travaillons aussi sur l’idée de faire adopter des arbres fruitiers par les habitants pour les impliquer passivement et peut être installer un poulailler sur le même principe, mais cette fois ci, ce sont des poules qu’il faudra adopter.

Mais nous n’en sommes pas encore la.

Alors rendez vous l’année prochaine pour voir comment les choses auront avancées.

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